Du raphia à la tasse : immersion dans l’univers du vin blanc en région forestière(N’Zérékoré)

Un patrimoine culturel vivant

Communément appelé « Tougouyé », « Lôkwele » ou encore « Blanco », le vin blanc de raphia occupe une place importante dans les habitudes de consommation en Guinée forestière. Tirée de la sève du Raphia vinifera, cette boisson traditionnelle est récoltée puis fermentée naturellement avant d’être commercialisée, le plus souvent par les récolteurs eux-mêmes qui parcourent de longues distances à moto pour approvisionner leurs clients en milieu urbain. Selon les saisons, la production varie entre 20 et 40 litres par jour. De couleur blanchâtre, rappelant parfois le lait, le vin de raphia est obtenu après plusieurs heures d’extraction de la sève. Il se distingue par son odeur particulière et son goût naturellement sucré.

Très appréciée des consommateurs, cette boisson doit son authenticité à l’absence de tout additif chimique. Toutefois, son goût évolue progressivement sous l’effet de la fermentation naturelle. Au fil des heures, notamment entre le lever et le coucher du soleil, sa saveur sucrée laisse place à un goût plus prononcé.

Le vin de raphia contient également certains minéraux et vitamines en faibles quantités, dont la teneur varie selon les conditions de récolte et de fermentation. Consommé à l’état naturel, sans mélange ni ajout d’écorces, il est vendu à un prix accessible : environ 3 000 francs guinéens la tasse et 5 000 francs guinéens le pot, soit près d’un litre.

Sous l’ombre des arbres et bercés par la fraîcheur des vents venus de la forêt, hommes et femmes se retrouvent autour de cette boisson. Les discussions vont bon train, ponctuées de rires et d’échanges. À proximité, d’autres consommateurs, jeunes comme âgés, attendent l’arrivée des vendeurs pour se procurer ce breuvage naturel.

Munis de gourdes, de gobelets ou de bidons, les clients s’approvisionnent en vin de raphia provenant notamment des forêts humides de Tilé, Yiliyapou et d’autres localités. À N’Zérékoré, plusieurs points de vente sont réputés auprès des amateurs, notamment au secteur « Dix-huitériat » dans le quartier Commercial, sur la route de Gônon ou encore à Pilimou, dans le district de Nakouyakpala.

Au-delà de la consommation quotidienne, cette boisson occupe une place de choix lors des cérémonies traditionnelles, des mariages, des funérailles et de nombreux événements sociaux au sein des communautés forestières non musulmanes. Pour certains, sa présence lors des mariages contribue à préserver les valeurs ancestrales. Pour d’autres, elle symbolise l’harmonie et la prospérité du futur foyer.

La transmission du savoir-faire se fait généralement de génération en génération. C’est le cas d’Abou, récolteur de vin de raphia depuis 2013.

« C’est mon oncle qui m’a appris ce métier. Ma satisfaction est immense, surtout pendant la saison chaude où les quantités récoltées sont importantes. En période de froid, le rendement baisse, mais je continue malgré tout, car dans toute activité, il y a des hauts et des bas », confie-t-il.

Selon les récolteurs, le vin blanc perd progressivement son goût sucré après une journée de conservation. Cette évolution conduit souvent à distinguer un vin peu fermenté, davantage apprécié par certaines femmes, d’un vin plus fort, généralement recherché par les hommes.

Les consommateurs lui attribuent diverses vertus, notamment des propriétés diurétiques et un potentiel effet bénéfique sur l’hypertension. Ils apprécient également son faible degré d’alcool et son coût abordable.

Pour Paul Alfred Kourouma, enseignant-chercheur, l’intérêt de cette boisson réside dans son mode de production naturel :

« Cette boisson est produite de manière brute grâce à une fermentation naturelle, contrairement à d’autres boissons qui subissent des transformations extérieures. Nous la consommons notamment pour ses valeurs nutritives et son faible pourcentage d’alcool. »

Malgré son importance culturelle et économique, l’activité n’est pas sans difficultés. Les récolteurs doivent se lever très tôt, souvent dès 5 heures du matin, pour rejoindre les zones de récolte.

Abou regrette également le manque d’organisation du secteur :

« Je déplore l’absence d’une véritable coopérative regroupant les récolteurs de vin de raphia. Chacun compte essentiellement sur ses propres moyens pour produire et écouler sa marchandise. »

Le vin blanc de raphia continue ainsi de susciter la curiosité des visiteurs et des non-initiés. Chez les Kpèlè, sa valeur dépasse largement le simple cadre de la consommation. Il constitue un élément important du patrimoine culturel et traditionnel que les populations forestières entendent préserver et transmettre aux générations futures.

Par Stéphane François TATO
Pour Guineesource.com
Tél. : +224 621 506 380

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