
À N’Zérékoré, les artisans du rotin sont eux aussi durement touchés par les restrictions liées à l’utilisation du bois. Difficultés d’approvisionnement, hausse du prix des matières premières, contrôles sur les axes routiers et absence d’organisation collective : le secteur traverse une période particulièrement difficile.
Moïse Loua, travailleur du rotin rencontré jeudi 13 août 2026 à N’Zérékoré, décrit les obstacles auxquels les professionnels sont confrontés.
Selon lui, l’une des principales difficultés réside dans l’accès à la matière première. « Nous, les rotiniers, nous travaillons de façon individuelle. On n’est pas collectif. Chacun travaille de son côté », explique-t-il.
Cette faible organisation, estime-t-il, réduit la capacité des artisans à défendre leurs intérêts et à rechercher collectivement des solutions face aux difficultés d’approvisionnement.
Une matière première devenue plus chère
La situation se ressent directement sur les prix. Les artisans doivent désormais dépenser davantage pour obtenir les matériaux nécessaires à leur activité.
Fara Michel Koundouno, qui travaille également le rotin, affirme que le prix d’une pièce de bois de rotin serait passé de 1 000 à 5 000 francs guinéens.

« Avant, on achetait le bois de rotin à 1 000 francs. Aujourd’hui, on paie un bois de rotin à 5 000 francs. La liane qu’on payait à 500 est partie à 1 500 », indique-t-il.
Cette hausse se répercute mécaniquement sur le prix des produits finis et réduit la marge bénéficiaire des artisans.
Les contrôles compliquent davantage l’activité
Pour Moïse Loua, l’approvisionnement en dehors de la ville est également devenu une source de difficultés. Les artisans doivent composer avec les contrôles sur les axes routiers et les frais liés au transport de leurs marchandises.

« Quand tu achètes le bois à 3 000 ou 5 000 et qu’à l’arrivée au barrage tu paies 50 000 par colis pour te laisser passer, c’est difficile. Si tu restes en ville, tu ne vas pas travailler. Pour trouver, c’est difficile », déplore-t-il.
Ces difficultés interviennent alors que les artisans dépendent directement de la disponibilité des matières premières pour faire fonctionner leurs ateliers.
À N’Zérékoré, le problème dépasse donc la seule question du bois. Il touche toute une chaîne d’activités : approvisionnement, transport, fabrication, commercialisation et revenus des familles qui vivent de ces métiers.
Entre protection des forêts et survie économique

Les artisans reconnaissent l’importance de la préservation des ressources forestières, mais souhaitent que les restrictions soient accompagnées de mesures concrètes.
Ils demandent notamment une meilleure organisation du secteur, un accompagnement financier, des mécanismes d’approvisionnement légal et un dialogue avec les autorités afin de trouver des alternatives permettant de poursuivre leurs activités.
Pour eux, l’enjeu est désormais de parvenir à concilier la protection des ressources naturelles avec la survie économique des milliers de travailleurs qui dépendent directement ou indirectement de l’artisanat.

Depuis N’Zérékoré, Alain Lamah pour Guineesource.com.