
Après avoir longtemps réclamé leur engagement sans condition à la Fonction publique, les enseignants contractuels non retenus ont finalement pris part au nouveau concours de recrutement organisé par le ministère de la modernisation de l’Administration et de la Fonction publique. Un revirement que le porte-parole national de leur collectif, Diaka Sow, justifie par la volonté de défendre leurs intérêts, de démontrer leurs compétences et d’éviter que les 4 535 enseignants concernés ne soient une nouvelle fois laissés pour compte. Dans cet entretien, le porte-parole national revient sur les raisons de cette décision et les attentes du collectif.
Pourquoi les enseignants contractuels non retenus ont-ils finalement décidé de participer au concours de recrutement à la Fonction publique, alors qu’ils en contestaient jusque-là le principe ? Pour Diaka Sow, cette décision répond avant tout à une volonté de préserver les chances de recrutement de ses camarades, après plusieurs démarches infructueuses auprès des autorités.
Le collectif soutient que ses membres avaient déjà franchi les étapes du précédent processus de recrutement, notamment la biométrie et l’épreuve pratique de classe. Il estime que leur non-recrutement était lié au quota disponible plutôt qu’à un manque de compétences.
« Le problème ne se situait pas au niveau des moyennes, mais plutôt du quota »
Pour expliquer leur opposition initiale à un nouveau concours, Diaka Sow rappelle que les enseignants concernés avaient déjà été évalués en 2024, au même titre que ceux qui ont été recrutés.
« Dans un premier temps, il faut comprendre que nous ne voulions pas participer à ce concours. L’opinion nationale et internationale, les syndicats, le gouvernement ainsi que les enseignants à la base en sont tous conscients. Nous nous y opposions parce que nous avions déjà passé un premier concours, notamment l’épreuve pratique de classe, depuis 2024, au même titre que nos collègues parmi les 10 000 enseignants qui ont été engagés. À l’époque, les 14 000 enseignants concernés avaient été évalués et nous avions obtenu les moyennes requises.
Il faut donc comprendre que le problème ne se situait pas au niveau des moyennes, mais plutôt du quota qui avait été attribué. Par la suite, nous avons été laissés pour compte », explique-t-il.
Le porte-parole du collectif invoque également le protocole d’accord du 3 janvier 2026, qui prévoyait, selon lui, l’engagement des enseignants concernés sans organisation d’un nouveau concours.
« Lors de la signature du protocole d’accord du 3 janvier, il était question de procéder à l’engagement de tous les enseignants concernés, sans passer par un nouveau concours. Le point 7 de ce protocole le stipule clairement : tous ceux qui sont pris en compte dans cet accord, qui ont franchi les différentes étapes, notamment la biométrie et l’épreuve pratique de classe, et qui ont obtenu la moyenne requise, devaient être engagés », rappelle Diaka Sow.
4 535 enseignants concernés par la décision
Malgré leurs démarches, les enseignants contractuels non retenus n’ont pas obtenu satisfaction. Face à l’organisation annoncée d’un nouveau concours, leur bureau a finalement opté pour la participation, à la suite de médiations impliquant notamment le gouvernement, les syndicats et le Conseil national du dialogue social.
Selon Diaka Sow, cette décision a été prise après l’obtention de certaines garanties, notamment la mise en ligne de la liste complète des enseignants concernés et la possibilité, pour ceux qui y figurent, de s’inscrire sur la plateforme FUGAS sans frais.
« Ce qu’il faut retenir, c’est que le bureau des enseignants contractuels non retenus a finalement décidé que les 4 535 enseignants concernés participeraient à ce concours. Cette décision a été prise à la suite de certaines garanties obtenues lors des échanges, notamment le téléchargement de l’intégralité de la liste des enseignants concernés. Il a également été convenu que toutes les personnes figurant sur cette liste pourraient s’inscrire sur la plateforme FUGAS, relevant de la Fonction publique, sans payer le moindre centime », précise-t-il.
Au-delà de ces garanties, le porte-parole estime que le concours représente aussi une occasion de répondre aux critiques visant le niveau professionnel des enseignants contractuels non retenus.
« Par ailleurs, nous voulions accéder à la Fonction publique par la grande porte. Le plus souvent, nous, enseignants contractuels non retenus, sommes présentés comme des personnes qui n’ont pas le niveau requis ou qui bénéficieraient de favoritisme. Nous avons donc voulu honorer notre engagement en tant qu’enseignants expérimentés, ayant entre cinq et dix ans d’expérience, voire plus de quinze ans pour certains.
C’était aussi une manière de démontrer à l’opinion nationale et internationale que nous méritons d’être engagés dans la Fonction publique », affirme-t-il.
« Nous avons sauvé les enseignants »
La décision de participer au concours aurait toutefois suscité des frustrations chez certains enseignants, qui estiment avoir été informés tardivement. Diaka Sow rejette l’idée d’une trahison et défend le choix opéré par le bureau du collectif.
« Pas du tout ! D’ailleurs, nous avons sauvé les enseignants, car si nous n’avions pas participé à ce concours, cela aurait été une manière de les sacrifier. La situation aurait pu être encore pire que celle que nous avons connue lors du paiement des primes en avril 2025, lorsque certains enseignants avaient été payés tandis que d’autres ne l’avaient pas été.
Nous avons donc jugé utile, cette fois-ci, de ne pas pratiquer la politique de la chaise vide, mais plutôt de tenter notre chance. La majorité de ces enseignants se trouvent dans les régions, les préfectures et les villages. Pour participer, certains devaient simplement se déplacer de leur préfecture vers leur chef-lieu de région. Il s’agit surtout d’une question d’avenir », explique-t-il.
D’après le porte-parole, la mobilisation a été importante. Il affirme que plus de 95 % des enseignants concernés ont participé aux épreuves et que 98 % avaient reçu les messages FUGAS après la mise en ligne de la liste.
Ces chiffres sont avancés par le responsable du collectif, qui considère cette participation massive comme la preuve que ses camarades ont privilégié leurs chances d’intégrer l’administration publique.
Des réserves sur le processus, mais pas de confrontation
Même s’il reconnaît l’existence de failles dans l’organisation du concours, Diaka Sow affirme que le collectif ne souhaite pas, pour le moment, entrer en confrontation avec les autorités ou les autres parties prenantes.
« C’est la meilleure voie que nous pouvions adopter. Nous avons tenu de nombreuses réunions entre enseignants, mais également plusieurs rencontres avec les autorités et les syndicats. Beaucoup de choses ont été dites au cours de ces échanges, mais elles ont finalement conduit à la reprise d’un concours qui, selon nous, n’aurait pas dû avoir lieu.
Nous savons déjà qu’il y a eu des failles. Cependant, pour le moment, nous ne voulons entrer en confrontation avec aucune entité ni aucune personne, car nous avons un objectif à atteindre : faire en sorte que les enseignants que nous défendons puissent tous accéder à la Fonction publique dans les meilleures conditions. Et, cette fois-ci, nous avons choisi de passer par le concours », déclare-t-il.
Le porte-parole se dit néanmoins optimiste quant aux résultats. Il estime que l’expérience acquise sur le terrain par les enseignants concernés devrait jouer en leur faveur, tout en espérant que la majorité d’entre eux sera admise.
Un appel à la transparence et à l’égalité des chances
En attendant les résultats, Diaka Sow invite les enseignants à garder leur calme et à faire confiance à leur collectif. Il assure que le bureau continuera à suivre le processus jusqu’à son terme, en dépit des compétences qui relèvent des ministères concernés.
Il appelle également les autorités à garantir la transparence du recrutement et le respect de l’égalité des chances.
« Nous appelons nos camarades à la sérénité et au calme. Ils doivent avoir confiance en eux-mêmes, en ce qu’ils ont accompli et en leur bureau, qui continue de les accompagner et de les soutenir.
Nous allons suivre le processus jusqu’à son terme, puisque nous l’avons commencé ensemble, même si sa gestion relève des compétences du ministère de la Fonction publique et de celui de l’Éducation. Nous veillerons à ce que les choses se déroulent dans le respect des règles établies.
Nous appelons les autorités à faire preuve de responsabilité, à garantir l’égalité des chances et à faire valoir les droits de ces enseignants qui ont tant souffert », souligne-t-il.
Le porte-parole interpelle enfin le président de la République afin que les enseignants contractuels non retenus ne soient pas, une nouvelle fois, exclus du processus de recrutement.
Tout en espérant une issue favorable, il affirme que le collectif entend signaler aux autorités compétentes les éventuelles difficultés rencontrées par les candidats dans certains centres, afin que des solutions appropriées puissent être envisagées.
De N’Zérékoré, Jean Loua pour GuineeSource.com.