Sydia Touré : Cécé Loua raconte plus de vingt ans de fidélité politique et de solidarité

Ancien maire de N’Zérékoré et ancien coordinateur régional de l’Union des forces républicaines (UFR) en Guinée forestière, Cécé Loua revient sur plus de deux décennies de relations politiques avec feu Sydia Touré, ancien Premier ministre guinéen. Dans un témoignage marqué par la fidélité, les épreuves et la reconnaissance, il évoque leur première rencontre en 1998, son parcours politique, ses périodes de détention et le soutien apporté par le leader de l’UFR à sa famille.

« Président Sydia Touré, j’ai été présenté à vous en 1998 par votre ministre de la Justice d’alors, paix à son âme, Maître Maurice Tokpa Zogbélémou », se souvient Cécé Loua.

Ce jour-là, il était accompagné de trois jeunes de N’Zérékoré : Élysée Sagno, Patrice Zogbélémou et Joseph Haba. À l’issue de leur entretien, raconte-t-il, Sydia Touré lui aurait remis 5 000 dollars pour l’achat de trois motos destinées à faciliter les déplacements de ses compagnons sur le terrain politique.

Deux ans plus tard, en 2000, sous l’impulsion de ces jeunes, Cécé Loua accède à la tête de la mairie de N’Zérékoré sous la bannière du Parti de l’unité et du progrès (PUP), alors au pouvoir. Selon son récit, ses liens avec Sydia Touré suscitent des soupçons au sein du parti présidentiel. Il affirme avoir été le dernier maire installé à l’issue des élections communales du 25 juin 2000, sa prise de fonction intervenant le 6 novembre de la même année.

Il évoque ensuite plusieurs tentatives présumées de le démettre de ses fonctions. Sept mois après son installation, un de ses adjoints aurait découvert une brochure portant la photo de Sydia Touré dans ses tiroirs. Le document aurait été transmis à un ministre originaire de la région, qui aurait envisagé de s’en servir pour provoquer son limogeage. Mais, selon Cécé Loua, le document aurait été perdu à la suite d’un accident de voiture sur la route de Conakry.

Neuf mois plus tard, poursuit-il, 16 des 25 conseillers communaux auraient signé une pétition réclamant sa destitution. Le dossier aurait été transmis au ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation de l’époque, Moussa Solano. Mais ce dernier aurait été muté avant qu’une décision ne soit prise.

Une éviction sur fond de désaccord politique

En juillet 2009, Cécé Loua affirme avoir été démis de ses fonctions par le chef de la junte militaire, le capitaine Moussa Dadis Camara, après lui avoir suggéré d’organiser une élection et de céder le pouvoir à Sydia Touré pour dix ans, avant de revenir aux affaires comme civil, à l’image, selon lui, des anciens dirigeants maliens Amadou Toumani Touré et Alpha Oumar Konaré.

Dix ans plus tard, la relation entre les deux hommes se manifeste à nouveau dans un contexte politique sensible.

Le 17 décembre 2018, après la démission de Sydia Touré de ses fonctions de haut représentant du président Alpha Condé, Cécé Loua dit avoir été reçu par le chef de l’État le lendemain, afin de solliciter un retour de l’ancien Premier ministre sur sa décision.

La réponse de Sydia Touré aurait été catégorique. Le 19 décembre, selon son témoignage, Alpha Condé l’aurait reçu à son tour pour lui proposer le poste de gouverneur de N’Zérékoré, dans le but de l’associer à son projet de troisième mandat. Cécé Loua affirme avoir décliné cette proposition, en mettant en garde le président contre les conséquences d’une telle aventure politique.

157 jours de détention et un soutien déterminant

Le témoignage prend une dimension particulièrement personnelle avec les événements du 22 mars 2020 à N’Zérékoré, marqués par de violents incidents lors du double scrutin référendaire et législatif organisé dans un contexte de contestation du troisième mandat d’Alpha Condé.

Cécé Loua affirme avoir été arrêté à son domicile de Conakry le 24 avril 2020, puis détenu à Kankan pendant 157 jours.

Durant cette période, il assure que Sydia Touré a pris en charge les besoins de sa famille ainsi que sa défense judiciaire. Il cite notamment l’avocat Me Salif Béavogui comme témoin de ce soutien.

Il raconte également que deux délégations du RPG auraient été envoyées dans son village pour convaincre ses parents de le pousser à rejoindre le parti au pouvoir.

Interrogé sur une éventuelle adhésion de Cécé Loua au RPG, Sydia Touré aurait répondu, lors d’une émission de la radio Espace FM :

« Si l’adhésion de Cécé peut lui permettre de retrouver sa liberté, je lui donne mon feu vert. Mais Cécé que je connais ne va jamais céder à un chantage. »

Pour l’ancien maire, cette déclaration résume la confiance que lui témoignait le leader de l’UFR, malgré les pressions politiques et judiciaires.

À sa libération, Cécé Loua affirme avoir reçu la visite d’un colonel de la gendarmerie qui souhaitait lui permettre d’échanger au téléphone avec Alpha Condé. Il dit avoir demandé du temps pour préparer ses arguments avant toute discussion avec le président de la République.

« Je vous suis resté fidèle parmi les fidèles »

Au-delà des fonctions politiques et des divergences, Cécé Loua retient surtout le soutien reçu durant ses moments les plus difficiles.

« J’ai enduré toutes ces peines pour vous rester fidèle parmi les fidèles », confie-t-il à l’endroit de Sydia Touré.

Il affirme avoir été profondément touché d’apprendre, au moment du décès de l’ancien Premier ministre, qu’il figurait parmi les personnes à informer en priorité.

Son témoignage s’achève sur un hommage empreint d’émotion et de reconnaissance :

« Reposez en paix, mon Président, et que la terre du cimetière de Williamsville qui vous a enseveli vous soit légère pour des siècles et des siècles. Amen. »

Cécé Loua Ancien maire de N’Zérékoré et ancien coordinateur régional de l’UFR en Guinée forestière.

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