Bofossou(Macenta) : la mort d’un père de famille dans un accident de circulation entouré de zones d’ombre

La commune rurale de Bofossou, relevant de la préfecture de Macenta, a été frappée par une tragédie dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 août 2026. Moriba Béavogui, âgé d’environ 40 ans, communément appelé « Rouzo », marié et père de six enfants, dont trois garçons, a été retrouvé mort à la sortie de Bofossou, sur l’axe reliant cette localité à Balizia. Si les autorités locales évoquent un accident de la circulation, plusieurs éléments recueillis suscitent des interrogations au sein de la population et dans la famille du défunt, rapporte un des correspondants de Guineesource.com basé dans la capitale forestière.

Selon les informations recueillies par notre correspondant, Moriba Béavogui aurait quitté Bofossou après un moment de partage avec des amis pour se rendre à Bakodamaï, un village où résidait sa seconde compagne. C’est à la sortie de Bofossou, au niveau du pont 4, qu’il aurait été victime de l’accident alors qu’il circulait seul à moto.


Le constat effectué sur les lieux révèle que la moto ne présentait, selon les témoignages recueillis, aucune trace apparente de choc important. Le corps, retrouvé au beau milieu de la chaussée, portait en revanche de graves blessures à la tête, laissant penser qu’un véhicule serait passé dessus après la chute. Une situation qui a plongé la population dans la consternation et soulevé plusieurs interrogations.


Une vie consacrée au métier de conducteur de moto-taxi


Moriba Béavogui, alias « Rouzo », était originaire de la commune rurale de Koyamah, située à environ 120 kilomètres de Macenta. Il vivait depuis plusieurs années à Bofossou, où il exerçait le métier de conducteur de moto-taxi depuis plus d’une décennie afin de subvenir aux besoins de sa famille. Mais cette activité, qui constituait pour lui un moyen de subsistance, s’est brutalement transformée en drame.


Interrogées sur les circonstances du décès, les autorités administratives et syndicales de Bofossou expliquent avoir été informées très tôt dans la matinée du vendredi 21 août de la découverte d’un corps sur la route nationale.


« C’est aux alentours de 8 heures du matin que la commune a été informée de la découverte d’un corps sur la route. Nous nous sommes tous rendus sur les lieux pour faire le constat. Après vérification, la victime, connue sous le nom de Rouzo, serait tombée seule. Elle n’aurait pas été percutée et n’aurait pas non plus été impliquée dans une collision avec un autre engin, puisque la moto ne présentait pas de problème apparent. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il était couché au beau milieu de la route et qu’un véhicule est passé sur sa tête. La question que nous nous posons est de savoir comment il s’est retrouvé au milieu de la chaussée. Malheureusement, il était seul », a expliqué Akoï Koïvogui, maire de Bofossou.


L’heure de l’accident au cœur des interrogations


Au-delà des informations communiquées par les autorités locales, d’autres témoignages recueillis font apparaître des éléments qui semblent contredire certains détails de la version officielle. Le téléphone de Moriba Béavogui consulté, indique notamment qu’il aurait passé son dernier appel à 00 h 24′. La conversation, qui aurait duré 28 secondes, a eu lieu avec un certain Somo, qui se trouvait alors dans le district d’Origuizézou, dans la commune rurale de Koyamah.


Joint par téléphone, Somo a confirmé avoir échangé avec Rouzo à cette heure-là, ce qui situerait le départ du défunt de Bofossou après minuit, contrairement à l’horaire de 23 heures évoqué dans certains témoignages. Une autre source concordante affirme également avoir été alertée de la découverte du corps aux environs de 1 heure du matin avant de se rendre sur les lieux quelques heures plus tard avec plusieurs personnes.


« J’ai été informé par Koma, de son vrai prénom, mais qui est connu sous le sobriquet de Mendja. Selon lui, il était avec Rouzo dans un même bar en train de danser. Il lui avait demandé de lui faire signe en rentrant, parce que Koma habite dans un village situé sur la route de Bakodamaï. Vers minuit, Rouzo lui aurait demandé de partir, mais Koma lui aurait dit d’aller en avant, parce qu’il avait encore un problème à régler. Lorsqu’il a terminé, il est parti à pied vers son domicile et a découvert le corps sans vie de Rouzo. C’était aux environs de 1 heure du matin. J’ai attendu jusqu’à 3 heures avant de me rendre sur les lieux avec plusieurs personnes. Nous avons pris des images sans toucher au corps, parce que tout le monde voulait rester prudent », a relaté notre source.

Ces témoignages soulèvent donc une interrogation majeure sur l’heure exacte à laquelle l’accident s’est produit.


Deux versions autour de la position de la moto.
La position de la moto de marque TVS Star, appartenant à la victime, constitue également un autre point de divergence.


Selon l’autorité communale, l’engin se trouvait orienté en direction de Bakodamaï, destination de Moriba Béavogui. Une version qui serait cependant contestée par le syndicat des conducteurs de moto-taxi ainsi que par plusieurs témoins rencontrés.
Cette divergence sur la position de la moto vient ainsi s’ajouter aux autres interrogations qui entourent les circonstances exactes du décès.

La famille réclame des éclaircissements
Au sein de la famille de la victime, c’est la frustration et la désolation qui dominent. Les proches de Moriba Béavogui disent avoir du mal à comprendre les circonstances exactes de sa mort et dénoncent notamment l’inhumation du corps en leur absence, alors qu’ils affirment avoir demandé qu’il soit conservé jusqu’à leur arrivée.

« C’est très décevant d’avoir constaté que le corps de notre frère a été inhumé sans notre présence, alors que nous avions donné des instructions fermes pour qu’il ne soit pas touché avant notre arrivée. Le fait qu’ils aient décidé de procéder à l’inhumation en notre absence nous laisse penser qu’il pourrait y avoir une zone d’ombre derrière cet accident. Nous aurions pu solliciter une autopsie réalisée par un médecin légiste, parce que plusieurs informations contradictoires nous sont parvenues », a dénoncé Adonis Béavogui, frère aîné du défunt.

Face à ces interrogations, le chef de la famille appelle les autorités judiciaires à ouvrir une enquête afin de déterminer les circonstances exactes de la mort de Moriba Béavogui.

« Je demande humblement aux autorités du pays en général et à celles de l’appareil judiciaire, notamment du Tribunal de première instance de Macenta, de faire toute la lumière sur le décès de mon frère, qui est parti dans des circonstances vraiment incompréhensibles », a-t-il lancé.


Accident ou mort suspecte ? Les interrogations persistent


Accident de la circulation ou décès dans des circonstances qui méritent davantage d’investigations ? Pour l’heure, plusieurs questions restent sans réponse.


Les premières images prises par des personnes qui se sont rendues sur les lieux quelques heures après la découverte du corps montrent que celui-ci était en partie couvert de boue et que la tête avait subi de graves blessures, compatibles, selon certains témoignages, avec le passage d’un engin lourd.


D’autres interrogations concernent la configuration des lieux. Selon les témoignages recueillis, la portion de route où le corps a été retrouvé ne présente pas de virage particulièrement dangereux susceptible de surprendre un conducteur, quelle que soit sa vitesse. La présence de boue sur le corps constitue également un élément qui mérite d’être expliqué, d’autant plus que, selon les témoignages, aucun point d’eau important ne se trouvait à proximité immédiate permettant d’expliquer facilement cette situation.


Un ancien conflit évoqué par certaines sources
À ces interrogations s’ajoute un autre élément rapporté par certaines sources. Dans les années précédentes, un différend aurait opposé la victime au clan de l’ancienne compagne de sa seconde épouse, Antoinette Guilavogui, avec laquelle Moriba Béavogui aurait eu deux filles.


Selon ces sources, ce conflit aurait conduit Rouzo à retourner momentanément dans son village d’origine après avoir subi des coups et blessures, avant de revenir à Bofossou pour reprendre ses activités de conducteur de moto-taxi.


Toutefois, cet élément, comme plusieurs autres informations recueillies dans le cadre de ce dossier, nécessite d’être vérifié et confronté à d’autres sources avant de pouvoir établir un quelconque lien avec le décès.


En attendant les conclusions d’éventuelles investigations, plusieurs zones d’ombre demeurent autour de la mort de Moriba Béavogui alias « Rouzo ». L’heure exacte de l’accident, la position de la moto, les circonstances dans lesquelles le corps s’est retrouvé au milieu de la chaussée ainsi que les blessures constatées sont autant d’éléments qui pourraient permettre de mieux comprendre ce qui s’est réellement passé.

Depuis N’Zérékoré, Jean Loua pour Guineesource.com

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