
Derrière le sourire de Seny Rose Lamah se cache une histoire de courage, de discipline et de sacrifices. Classée troisième de la préfecture de N’Zérékoré et première des filles au Certificat d’études élémentaires (CEE), session 2026, la jeune élève n’a pas seulement décroché un brillant résultat scolaire. Elle offre aussi à sa mère, veuve depuis plusieurs années, une raison d’espérer après des années de difficultés.
Dans la concession familiale, l’émotion est encore vive. Les félicitations affluent depuis l’annonce des résultats. Mais pour Seny Rose, cette distinction est avant tout le fruit d’un travail acharné, mené dans la discrétion, loin des projecteurs.
« J’ai passé des nuits à réviser. Nous allions à l’école à 7 heures et nous revenions à midi. Après le repas, nous repartions à 13 heures pour rentrer à 18 heures. Une fois à la maison, je continuais à réviser avec mes amis. Avant la proclamation des résultats, j’étais convaincue que j’allais réussir et obtenir un bon classement. Je me réveillais souvent dans la nuit pour étudier. Je révisais surtout les sciences, la géographie, l’histoire et le calcul. À l’école, mes professeurs m’ont beaucoup soutenue », raconte-t-elle avec assurance.
À seulement quelques années de l’entrée au collège, Seny Rose nourrit déjà une ambition bien précise.
« Plus tard, je veux devenir médecin pour sauver des vies. Ma maman était très exigeante avec moi. Je n’ai pas suivi de cours de vacances ; je suis simplement restée concentrée sur mes études. Je remercie mes parents pour tous les sacrifices qu’ils ont consentis afin de financer ma scolarité. Je dédie particulièrement cette réussite à ma maman », confie-t-elle.
Pour Rosalie Loua, sa mère, cette réussite représente bien plus qu’un simple diplôme. Depuis le décès de son mari, elle assume seule l’éducation et les besoins de ses enfants. Entre les voyages dans les villages pour faire du commerce et les charges du foyer, elle s’est toujours refusée à abandonner leur scolarité.
En apprenant que sa fille était la première des filles de toute la préfecture, les larmes ont coulé.

« Leur père est décédé. Depuis, c’est moi seule qui prends en charge toutes leurs dépenses. Je leur demande toujours de réviser sérieusement. Quand j’ai appris qu’elle était la première des filles, j’ai ressenti une immense joie. J’ai même pleuré. Je me bats chaque jour pour leur scolarité et je souhaite qu’elle devienne quelqu’un demain », témoigne-t-elle.
Au-delà de ses résultats scolaires, Rosalie Loua décrit une fille attentive et responsable.
« Quand je reviens du marché, elle prépare de l’eau chaude pour moi. Elle m’aide aussi à faire la lessive. C’est une enfant respectueuse qui aime sa famille. Je dédie également cette victoire à mon frère Léopold et au mari de ma jeune sœur, Michel, qui nous soutiennent depuis le décès de mon mari. »
Même admiration chez Sylvie Lamah, la sœur aînée de la lauréate. Elle affirme n’avoir jamais douté des capacités de sa cadette.

« Je suis très fière d’elle. Elle mérite pleinement cette distinction. Même lorsqu’on ne lui demandait pas de réviser, elle le faisait d’elle-même. Si elle ne comprenait pas une leçon, je l’aidais à mieux la comprendre. Depuis la première année, elle a toujours été première de sa classe », révèle-t-elle.
À N’Zérékoré, le parcours de Seny Rose Lamah rappelle que les meilleures performances scolaires naissent souvent de l’alliance entre la persévérance, l’encadrement familial et la volonté de réussir malgré les épreuves. Pour cette jeune orpheline de père, le CEE 2026 n’est qu’une première étape. Son regard est désormais tourné vers un objectif plus grand : enfiler un jour la blouse blanche pour soigner les autres et sauver des vies.
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