
À quelques mois des élections municipales, la scène politique de N’Zérékoré commence à se réchauffer. Mardi 10 février 2026, un groupe de jeunes a effectué une visite de courtoisie au Conseil du patriarcat afin de solliciter son soutien en faveur d’une éventuelle candidature de l’ex-maire, Cécé Loua. Une initiative qui remet sur le devant de la scène une figure politique au parcours aussi influent que controversé.
Pour les initiateurs de la démarche, l’ancien édile incarne une expérience dont la commune aurait aujourd’hui besoin. « Nous sommes venus attirer l’attention de la notabilité sur les élections municipales à venir et lui proposer la candidature de monsieur Cécé Loua comme candidat idéal de la jeunesse forestière », a déclaré leur porte-parole, Martin Haba, évoquant les réalisations de l’intéressé entre 2000 et 2009.
Les jeunes mettent en avant une gestion jugée rigoureuse ainsi que les actions menées contre l’insécurité durant son mandat. Selon eux, son retour pourrait fédérer les citoyens autour d’un projet de développement local.
Face à cette initiative, le secrétaire général du patriarcat, Edmond Gamys, a salué la démarche tout en appelant à la responsabilité. « Le choix appartient aux citoyens et ce sont les urnes qui trancheront », a-t-il rappelé, invitant la jeunesse à œuvrer pour la paix et l’unité.
De son côté, Cécé Loua s’est dit honoré par cette marque de confiance et a affirmé rester « disponible pour servir N’Zérékoré partout où la population jugera utile ».
Un retour politique chargé de symboles
Si cette sollicitation de la jeunesse peut être perçue comme un signe de popularité persistante, elle renvoie également à un parcours politique marqué par des épisodes judiciaires et des repositionnements successifs.
En avril 2020, Cécé Loua avait été arrêté dans le contexte des tensions liées aux manifestations du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Après plusieurs mois de détention préventive à Kankan, il avait bénéficié d’une liberté provisoire avec plusieurs codétenus, dans une affaire liée aux violences survenues à N’Zérékoré avant, pendant et après les scrutins législatif et référendaire du 22 mars 2020. Les autorités judiciaires avaient alors précisé que cette mesure ne signifiait pas l’abandon des poursuites.
Cet épisode a durablement marqué son image politique, le faisant passer du statut d’ancien maire influent à celui d’acteur impliqué dans un dossier judiciaire sensible, dans une région régulièrement secouée par des tensions électorales.
Son nom est également apparu dans une affaire domaniale l’opposant à la commune urbaine de N’Zérékoré autour d’un domaine de trois hectares initialement destinés à la construction d’un lycée d’excellence. Le projet, annoncé depuis 2004, n’a finalement pas été réalisé, ce qui a conduit la famille donatrice à réclamer la restitution du terrain.
Dans cette procédure, le Tribunal de première instance de N’Zérékoré a reconnu coupables, pour faux en écriture privée, Mömö Loua, Moriba Loua alias « Petit Damaro », Lorient Loua et Gbamon Loua. Ils ont été condamnés à deux ans d’emprisonnement assortis de sursis simple et au paiement d’une amende d’un million de francs guinéens chacun.
Selon le substitut du procureur, Joseph Tenguiano, les prévenus soutenaient que le domaine avait été offert par la famille Loua à la communauté pour un projet d’utilité publique, mais que l’absence de réalisation du lycée avait créé le litige. La commune avait alors recommandé d’assigner Cécé Loua en justice afin de clarifier la situation.
Interrogé après le verdict, l’ex-maire s’était félicité de la décision judiciaire, estimant qu’elle lui était favorable. Il avait également annoncé son intention d’engager une plainte contre le maire de la commune urbaine d’alors, qu’il accuse de faux et de diffamation.
Plus récemment, en décembre 2025, l’ancien coordinateur régional de l’Union des forces républicaines (UFR) a opéré un tournant politique en ralliant le mouvement GMD du président Mamadi Doumbouya. Ce changement d’alliance a été présenté comme un renfort stratégique pour la mouvance présidentielle en région forestière, mais il a aussi alimenté les débats sur la cohérence de son parcours politique.
Une candidature entre espoir et controverse
Dans ce contexte, la possible candidature de Cécé Loua apparaît comme un véritable test politique. Pour ses partisans, elle symbolise le retour d’un acteur expérimenté, capable de rassembler et de relancer le développement local. Pour ses détracteurs, elle rappelle un parcours jalonné d’affaires judiciaires et de repositionnements politiques susceptibles de raviver les clivages.
À N’Zérékoré, où les équilibres politiques et communautaires demeurent sensibles, l’entrée en lice de figures au passé mouvementé pourrait peser lourd dans les débats et les alliances à l’approche des municipales.
La sollicitation de la jeunesse ne constitue, pour l’heure, qu’un signal politique. Mais elle relance déjà une question centrale : le parcours tumultueux de Cécé Loua sera-t-il un frein ou un levier dans sa quête d’un éventuel retour à la tête de la commune ?
Moussa Moïse Camara