Le conflit entre éleveurs et agriculteurs continue d’attiser les tensions dans la préfecture de Lola et certaines localités de la région forestière. Depuis dimanche, la situation reste tendue entre les deux communautés (éleveurs et agriculteurs) : on dénombre plusieurs blessés, des pertes matérielles considérables, l’abattage d’animaux et la destruction de plantations et champs de riz par des troupeaux de bœufs.

Face à cette crise, le gouvernement a dépêché le ministre de l’Élevage sur le terrain pour tenter de trouver un terrain d’entente entre les parties. Cependant, selon plusieurs témoins, sa mission peine à porter ses fruits. Interrogé ce mercredi 22 octobre 2025, Mamadi Bamba, chargé de la résolution des conflits au sein de la Fédération régionale des éleveurs, est revenu sur la genèse de ce nouvel affrontement.
« L’affaire a commencé le dimanche 12. Ce sont les enfants d’El Hadj Kourou, un éleveur malien résidant à Lola depuis plus de 40 ans, qui ont agressé un agriculteur à proximité de leur parc. Ils l’ont battu à mort, puis embarqué sur une moto pour l’emmener à Lola. Arrivés à Zoukouéta, la victime a crié au secours, ce qui a alerté la population. Les habitants sont sortis et ont arrêté les deux fils d’El Hadj Kourou. L’agriculteur a raconté qu’il avait été passé à tabac, mais les agresseurs ont nié les faits. La gendarmerie a été appelée et les deux éleveurs ont été conduits à l’hôpital de Lola », explique-t-il.
Informé de l’incident, Mamadi Bamba s’est rendu sur place.
« En tant que chargé de la résolution des conflits, j’ai été mandaté par mon président pour aller constater les faits. J’ai vu que les blessures des éleveurs n’étaient pas aussi graves que celles de l’agriculteur. L’état de ce dernier était très préoccupant, alors j’ai payé l’ambulance pour l’évacuer à l’hôpital régional de N’Zérékoré. En cours de route, le ministre m’a contacté pour me demander d’informer régulièrement sur l’état de santé de la victime. Le ministre et la fédération ont ensuite pris en charge les frais de traitement, ainsi que le transport de la famille de la victime », poursuit-il.
Cependant, une fausse rumeur faisant état de la mort de l’agriculteur a circulé le mardi suivant, déclenchant une vague de colère.
« Cette fausse information a enflammé les esprits. Des groupes se sont attaqués aux troupeaux de l’éleveur incriminé, malgré nos tentatives de sensibilisation. Les gens étaient très remontés, car ce n’était pas la première fois que les fils d’El Hadj Kourou s’en prenaient à des agriculteurs », regrette Mamadi Bamba.
Le lendemain, après une rencontre entre le ministre, la fédération régionale et les éleveurs, les violences se sont amplifiées.
« Le samedi, j’ai appris que mon parc, qui contenait 237 têtes de bœufs, avait été attaqué. J’ai immédiatement demandé à mes bouviers de se mettre à l’abri dans mon village, à Guéasso. Les assaillants ont détruit les ponts à l’entrée de Pinè pour empêcher l’intervention de la gendarmerie. Ils ont abattu les animaux, transportant certains sur des motos ou des tricycles. D’autres villages environnants, et même des personnes venues de N’Zérékoré, ont participé aux tueries. J’ai perdu l’intégralité de mon troupeau, pour une valeur estimée à près de 10 milliards de francs guinéens, sans compter les pertes de mes collègues », déplore-t-il avec émotion.

Sur la question des enclos, Mamadi Bamba précise :
« C’est vrai, certains éleveurs ne mettent pas leurs bœufs dans des enclos. Mais moi, mes animaux y sont enfermés chaque nuit. Nous avons deux types de parcs : les parcs de jour et les parcs de nuit. Les bouviers sortent les animaux le matin et les ramènent le soir. Ce sont les troupeaux laissés sans surveillance qui causent les dégâts dans les champs », a-t-il précisé.
Face à cette crise récurrente entre éleveurs et agriculteurs, Mamadi Bamba lance un appel pressant au chef de l’État :
« Je demande au président de la République de nous venir en aide. Je ne suis pas un étranger ; je suis fils du terroir. Tout mon espoir a été anéanti. J’appelle aussi la Chambre nationale d’agriculture à nous soutenir dans cette épreuve », a-t-il invité.
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