
Chers compatriotes,
Le Sénégal ne peut prétendre porter une ambition panafricaine tout en laissant prospérer, en son sein, les réflexes de rejet, de méfiance, de clanisme ou de discrimination fondés sur l’origine, le nom de famille, l’ethnie ou la nationalité. Notre histoire, notre géographie et notre économie nous enseignent une vérité simple : nous sommes condamnés à vivre ensemble, mais surtout appelés à construire ensemble.
Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye s’inscrit dans une vision panafricaine et unioniste, fondée sur la souveraineté, la justice, la solidarité et l’intégration africaine. Cette conception trouve un écho profond dans la pensée de Cheikh Anta Diop, qui écrivait : « Il faut faire basculer définitivement l’Afrique Noire sur la pente de son destin fédéral. » L’unité africaine ne saurait donc être un simple slogan politique : elle constitue un projet historique, institutionnel, économique et civilisationnel.
Avant la Conférence de Berlin de 1884-1885, l’Afrique disposait déjà de puissants États, de royaumes, d’empires, de systèmes de gouvernance, de réseaux commerciaux, de traditions diplomatiques et de centres intellectuels. L’Empire du Mali, l’Empire songhaï, le Kanem-Bornou, les royaumes du Bénin, du Kongo, du Buganda et l’Éthiopie, entre autres, témoignent de cette profondeur historique.
Dans le Fouta-Toro du XVIIIᵉ siècle, Thierno Souleymane Baal portait déjà une conception politique fondée sur la justice, la responsabilité des dirigeants et la limitation du pouvoir. Son héritage rappelle que les sociétés africaines ont produit leurs propres conceptions de la gouvernance bien avant les indépendances modernes.
Plus tard, Sylvester Williams, en organisant la première Conférence panafricaine à Londres en 1900, contribua à internationaliser la question de l’unité et de l’émancipation des peuples africains.
Puis vinrent les grandes figures du panafricanisme moderne : Kwame Nkrumah, avec son impératif Africa must unite, Patrice Lumumba, pour qui l’indépendance du Congo devait participer à la libération de l’Afrique, Jomo Kenyatta, acteur majeur de l’Afrique indépendante, Thomas Isidor Sankara, qui plaçait l’unité africaine au-dessus des divisions artificielles et Amílcar Cabral, pour qui l’unité devait avant tout être mise au service des peuples.
De Cheikh Anta Diop à Nkrumah, de Lumumba à Sankara, de Cabral à Thierno Souleymane Baal, une même exigence traverse ces pensées : l’Afrique ne pourra véritablement maîtriser son destin que lorsqu’elle aura appris à transformer ses différences en force collective.
Le panafricanisme n’est pas uniquement une philosophie. Il est également une réalité économique.
Les échanges entre le Sénégal et ses voisins illustrent cette interdépendance. Selon les données de l’ANSD citées dans ce débat, le Sénégal a exporté vers le Mali 802,8 milliards de FCFA de marchandises en 2024, contre 739 milliards en 2023. Le Mali constitue ainsi un partenaire commercial majeur du Sénégal, notamment pour les produits pétroliers.
Le Port autonome de Dakar bénéficie également du transit à destination du Mali, avec environ 333 635 tonnes en 2024, contre 113 702 tonnes en 2023.
Ces chiffres nous rappellent une évidence : les frontières politiques ne peuvent effacer les réalités économiques, historiques, familiales et humaines qui relient les peuples.
Dakar, Bamako, Conakry, Nouakchott, Abidjan, Ouagadougou, Niamey, Lomé, Ouagadougou, Addis-Abeba, Casablanca, Tunis, Douala ou Brazzaville ne sont pas des mondes séparés. Ce sont les différentes expressions d’un même espace africain interdépendant.
C’est pourquoi nous devons avoir le courage de combattre toutes les formes de xénophobie, d’ethnicisme, de clanisme et de discrimination.
Aucun nom de famille ne devrait déterminer la valeur d’un Sénégalais. Aucun accent ne devrait décider de son appartenance. Aucune origine familiale ne devrait constituer un obstacle à la participation à la vie économique, sociale ou politique du pays.
Nous pouvons être Wolofs, Sérères, Peuls, Diolas, Soninkés, Mandingues, Lébous, Bassaris ou appartenir à toute autre communauté, tout en étant pleinement Sénégalais. Nous pouvons également être Sénégalais, Maliens, Guinéens, Mauritaniens, Burkinabè, Nigériens, Ivoiriens ou Togolais et demeurer, avant tout, des Africains liés par une histoire et un avenir communs.
La diversité n’est pas une menace pour la République lorsqu’elle est encadrée par le droit. Elle devient au contraire une richesse lorsque chaque personne bénéficie de la même dignité et du même respect.
C’est également dans cet esprit que nous devons réfléchir à une politique migratoire moderne, claire et républicaine.
La mise en place de cartes de séjour biométriques rapides, sécurisées et accessibles permettrait de mieux identifier les résidents étrangers, de faciliter les démarches administratives, de renforcer la maîtrise des frontières et de garantir simultanément le respect des droits et de la dignité des personnes.
Un État souverain peut parfaitement contrôler son territoire tout en respectant ceux qui y vivent légalement. La fermeté administrative n’a pas besoin de devenir une hostilité envers l’étranger.
Le Sénégal a construit une partie de son rayonnement autour de la Téranga. Cette valeur ne doit pas être réduite à une simple formule touristique. Elle peut devenir une véritable force diplomatique, culturelle et panafricaine.
À l’heure où les Africains et les Afro-descendants occupent des responsabilités croissantes dans différentes régions du monde, l’Afrique doit également démontrer qu’elle sait faire de sa diversité une force institutionnelle.
Notre ambition doit être celle d’un Sénégal souverain, juste, prospère, ouvert, organisé et respectueux de tous, capable de protéger ses intérêts sans renoncer à ses valeurs.
Soutenir une vision panafricaine tout en cultivant la méfiance envers celui dont le nom, l’accent ou l’origine familiale paraît différent serait une contradiction profonde.
L’Afrique que nous voulons construire ne sera pas celle des murs entre communautés. Elle sera celle des ponts entre les peuples.
De l’ethnicisme à l’unionisme.
De la méfiance à la confiance.
De l’exclusion à l’intégration.
De la division à la fraternité.
C’est ainsi que nous honorerons véritablement l’héritage de Cheikh Anta Diop, Thierno Souleymane Baal, Sylvester Williams, Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Jomo Kenyatta, Thomas Sankara et Amílcar Cabral.
C’est ainsi également que nous donnerons un contenu concret à l’idéal d’une Afrique souveraine et unie.
Vive la République !
Vive le Sénégal !
À bas la xénophobie et l’ethnicisme !
Vive la fraternité !
Vive l’union africaine au pays de la Téranga vers les JOJ 2026
Seynabou Sankaré
Patriote Républicaine