
À N’Zérékoré, la suspension de la coupe et du transport du bois sur l’ensemble du territoire national, dans le cadre du repos biologique des forêts, met à rude épreuve les artisans de la menuiserie, de la tapisserie et du rotin. Depuis plusieurs semaines, la raréfaction de la matière première entraîne une hausse des coûts, ralentit les activités et complique l’exécution des commandes.
Face à cette situation, les professionnels demandent aux autorités de mettre en place des mesures d’accompagnement afin de leur permettre de poursuivre leurs activités tout en respectant les mesures de protection des ressources forestières.
Rencontré mardi 11 août 2026 dans son atelier situé face à la préfecture de N’Zérékoré, Fara Michel Koundouno, tapissier moderne évoluant également dans la menuiserie et le rotin, témoigne des difficultés auxquelles son secteur est confronté.

« Il y a plusieurs semaines, nous vivons avec les mesures interdisant l’usage du bois. Cette nouvelle a impacté notre activité. On ne gagne plus de l’argent comme avant. Actuellement, nous souffrons et nous ne travaillons pas », explique-t-il.
Pour cet artisan, le manque de matière première risque d’aggraver davantage la situation dans les prochains mois. Il appelle notamment l’État à mettre en place un mécanisme de soutien permettant aux professionnels de constituer des stocks.
« Le gouvernement devrait s’occuper de nous et nous donner un petit fonds pour qu’on puisse faire un stock pour travailler. Actuellement, nous n’avons pas assez de stock de bois, il n’y a pas de travail. Il faut que l’État vienne à notre aide », plaide-t-il.
Des commandes difficiles à honorer
La pénurie de bois ne touche pas uniquement la production. Elle affecte également les relations entre les artisans et leurs clients.
« Quand il n’y a pas de matériel, on est en difficulté avec les clients. On ne peut pas prendre l’argent de quelqu’un et refuser de faire son travail. Mais il n’y a pas de matériel », témoigne Michel Koundouno.
Pour ces professionnels, la baisse de l’activité entraîne également une diminution importante des revenus, alors que les charges familiales restent inchangées.
« Nous sommes des pères de famille. Venir au travail et passer des moments sans se retourner avec quelque chose, c’est difficile. Il n’y a pas de matériel, c’est très difficile et on souffre », ajoute-t-il.
Le prix des meubles en hausse
La rareté du bois se répercute également sur les prix des meubles. Selon l’artisan, certaines armoires qui coûtaient auparavant autour de 1,8 million de francs guinéens peuvent désormais atteindre 2,8 millions, voire davantage selon leur qualité.
« Il y a des meubles faits en bois ou en rotin. On vend certaines armoires faites en bois à deux millions huit cent, certaines à trois millions huit cent, un million neuf cent. Il y a les qualités. Le prix a un peu monté à cause du manque de bois », explique-t-il.
Les fauteuils connaissent eux aussi une importante hausse des prix.
« Avant, on vendait les fauteuils à un million. Il y a des fauteuils qu’on vend même à quatre millions cinq cent », affirme-t-il.
À cette hausse s’ajoute celle des matériaux nécessaires à la fabrication. Le prix d’un paquet de pointes serait ainsi passé de 10 000 à 20 000, voire 25 000 francs guinéens.
Le rotin n’échappe pas non plus à cette flambée. Selon Michel Koundouno, le prix d’un bois de rotin serait passé de 1 000 à 5 000 francs guinéens, tandis que la liane serait passée de 500 à 1 500 francs.
Pour lui, cette situation réduit considérablement la rentabilité du métier.
« Tu travailles mais il n’y a pas d’intérêt économique, c’est très difficile. Quand tu travailles pour nourrir seulement la famille, ce n’est pas facile », estime-t-il.
Entre protection des forêts et survie des artisans
Les artisans ne remettent pas en cause la nécessité de préserver les ressources forestières. Ils souhaitent toutefois que les mesures de protection soient accompagnées de solutions permettant aux professionnels de continuer à exercer leurs activités dans un cadre légal.
Ils sollicitent notamment un meilleur accès aux matériaux autorisés, des mécanismes de financement et un dispositif d’accompagnement permettant de constituer des stocks et de maintenir leurs activités.
À N’Zérékoré, la situation pose ainsi une question plus large : comment concilier la préservation des forêts avec la survie économique des artisans dont les activités dépendent directement des matières premières issues du secteur forestier ?
Depuis N’Zérékoré, Alain Lamah pour GuineeSource.com.