Communication ministérielle vs communication personnelle du ministre pourquoi cette limite existe? (Par Lucien Blémou)

Depuis plusieurs années, j’observe une tension récurrente dans certains ministères : le service communication gère aussi la communication personnelle du ministre. Pragmatique en apparence, problématique en réalité.

Quand ces deux rôles se confondent, on crée une zone grise où les responsabilités s’entrelacent.

  • La communication ministérielle représente l’institution (État, neutralité, explications publiques).
  • La communication personnelle du ministre représente un politicien (engagement partisan, image personnelle, ambition).

Quand c’est le même compte, la même équipe : le citoyen ne sait plus qui parle.
Une infographie expliquant une loi ? C’est l’État. Une photo du ministre en campagne ? C’est aussi l’État ? Non. Et cette confusion érode la confiance.

Les vraies conséquences sont nombreuses. D’abord, la neutralité administrative se trouve compromise, la fonction publique devient une machine politique. À chaque changement de gouvernement, l’équipe doit changer d’âme. En Guinée ou ailleurs, j’ai observé des ministères qui perdaient de meilleurs talents à chaque changement politique. Ce n’est pas normal.

Ensuite, il y a un détournement budgétaire subtil mais réel. L’argent public finance indirectement des ambitions personnelles politiques.

La solution est claire : deux équipes distinctes, travaillant ensemble.

  • Au ministère, une communication institutionnelle qui explique les politiques publiques, reste neutre par rapport aux allégeances politiques, avec un budget public identifié et un responsable administratif, pas politique.
  • Au cabinet du ministre, une communication personnelle qui gère l’image politique personnelle, est financée via le budget cabinet/politique, rapporte au ministre, et reste crédible précisément parce qu’elle est transparente.

  • À l’État, garantir la formation de collaborateurs d’élus ou métiers du politique à travers des masters spécialisés pour avoir des professionnels qui n’agissent pas avec approximation.

Je respecte les communicants qui ont soulevé cette question en Guinée. Ils ne faisaient pas du « syndicalisme », ils protégeaient l’intégrité démocratique. Parce qu’une administration qui se met au service d’un politicien, ça commence par « c’est pragmatique ». Ça finit par « pourquoi même se poser la question ? » Et là, les citoyens ne savent plus à qui faire confiance.

Ce n’est pas un enjeu administratif. C’est un enjeu démocratique. Les gouvernements changent. Le ministère reste. L’État reste. Les citoyens méritent de savoir à qui ils parlent et qui leur parle.

Par L𝐮𝐜𝐢𝐞𝐧 𝐁lémou

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